Le cri du chasseur, déformé par la vase amère qui encombrait sa gorge, déchirait la nuit.
« A
l’aide ! s’il vous plait, mademoiselle ! »
Sébastian
regrettait sa légèreté, son oisiveté fatale. Le tissus alourdi de boue de
sa tunique lui entravait les membres. L’onde puante, froide comme les
doigts de la mort, l’avait capturée. Et elle ne lâcherait pas sa proie
aisément.
« Pour l’amour
de Dieu, mademoiselle ! »
Le visage du chasseur, blanchi par la peur et les rayons de la Lune, se détachait sur l'épaisse
surface noire du marais, tapis au plus profond des bois.
Sébastian
avait marché tout le jour. À en oublier la chasse et ses compagnons. Il s’était
éloigné des sentiers, captivé par le ballet lent des arbres et des feuilles croisant la
lumière du jour. Mais le soir vint, puis la nuit. Le malheureux était perdu.
Peter repéra Wendy
dès qu’elle fit son entrée dans la boîte de nuit. Des quatre filles
présentes ce soir-là, elle était la seule à porter ce mélange
d’innocence et de spleen qui caractérisait les proies faciles. Il
attendit qu’elle fût isolée du groupe d'homo avec lequel elle était
arrivée et passa à l’attaque. Wendy venait de commander un Russe Blanc
au barman qui le lui avait pratiquement jeté à la figure… Antoine ne
supportait les filles à pédé, tous les habitués savaient cela. Un peu
surprise, elle était allée s'isoler contre un mur à quelques mètres de
la piste de danse. Les corps humides d’une trentaine d’étalons
ondulaient en s’effleurant - voir plus pour certains – devant elle. Elle
semblait prendre un certain plaisir à observer cette masse de mâles. La
petite bourgeoise s’encanaillait à faible risque…
- Bonjour.
Wendy
sursauta. Elle n’avait pas vu arriver le garçon qui se tenait contre le
mur à sa droite, les mains dans les poches. Elle répondit en levant les
yeux au ciel, espérant que cela suffirait pour faire comprendre à
l’importun qu’elle n’était pas d’une humeur très sociale. Si elle avait
choisi de sortir dans cette boîte ce soir, c'était pas pour se faire
emmerder par un dragueur...
- Je m’appelle Peter, et toi ?
- Wendy, se surprit-elle à répondre.
- C’est joli Wendy. Je t’aime bien, lui répondit le garçon avec une incroyable candeur.
Elle
s’attendait pratiquement à ce qu’il lui demande si elle voulait bien
être son amie, la prochaine fois qu’il ouvrirait la bouche. Ce Peter
était plutôt bien foutu. Il émanait de lui quelque chose
d’indéfinissable. Son âge notamment. Elle n’aurait pas su dire s’il
avait vingt ans, trente ans, ou plus. Son visage ne correspondait à
aucun type précis... une touche d'exotisme dans les traits qui détonnait
avec la blancheur de sa peau. Il lui rappelait ces portraits à l'huile
harmonieux et arrangé de la renaissance... Une forme de perfection dans
la simplicité, qui rendait ce Peter sympathique et désirable.
- On ne s’entend pas, ici lui dit-il. Ça te dit de sortir pour discuter ?
Cette
affirmation était totalement fausse, car la voix du garçon, si elle
n’était pas forte, ni portée, traversait avec facilité les sons électro
crachés par les enceintes. Wendy ne releva pas ce détail et acquiesça.
Elle avait une terrible envie de s'en griller une de toutes les
façons...
Ses lèvres s’élargissent. Elles sont rouge sang. Devant son
visage, blanc comme une neige de février, coulent des mèches à la noirceur
d'une nuit sans lune. Elle est l’hiver, le froid vivifiant, une fuyarde
endormie sous les branches basses d’un sapin cerné de givre.
Les doigts de la blonde qui m’avait embrassée se resserrent
sur mon poignet. Elle m’attire à l’intérieur. La porte claque sur mes fesses.
Je connais ces filles, mais d’où ? Je n’ai pas la force de lui opposer la
moindre résistance. J’entends le bruit de mon escarpin qui heurte le plancher
et je me dis qu’elle pourrait faire gaffe, ça coûte une blinde ces machins-là...
Franchement, j’ai rien de mieux à penser en ce moment qu’à cette foutue chaussure ? Je dois
avoir un truc avec les souliers. Ça me rappelle que je ne sais même pas comment je
m’appelle… Comment elle a dit, la brune ? Cendrillon… Va pour Cendrillon,
alors. Les questions embrouillent mes pensées. Je tente d'articuler quelques
interrogations maladroites, mais l’index de la brune se pose sur ma bouche
comme un papillon. Elle se tient debout devant moi. Sa beauté me subjugue.
J’entends dans mon dos le bruit d’une étoffe qui tombe sur le sol. La blonde a
fait glisser à ses pieds sa robe à la coupe surannée. Elle est nue. Sa peau est
couverte de tatouages. Un lapin qui court, une chenille dodue qui fume, un chat
qui se marre… Il y en a vraiment partout.
Stress by Justice on Grooveshark
Je reprends conscience au milieu d'un carrefour quand le chauffeur du taxi qui vient de piler devant moi dilue sa montée d'adrénaline dans une bordée d'injures en wolof. Je plonge mon regard dans le siens. Ses yeux sont jaunes. Je les distingue, noyés dans la lumière glacée de son plafonnier. Ce mec me hait. Il ressemble à un diable. Le nez de sa cliente a dit bonjours à l’appuie-tête du siège passager. Je ne n'essaye pas de discuter. Mes jambes se mettent en action et me ramènent sur le trottoir. Où je suis ? Il fait nuit. Putain, il me manque une chaussure. Le reflet d'une vitrine me renvoie la gueule d'un spectre. Le col de ma chemise est souillé. Je baisse les yeux. Merde, du sang ?! J'ouvre mon manteau... J'ai égorgé un porc récemment ou quoi !? Je le referme aussi sec et je me mets à marcher. Dans une direction au pif. Mon cerveau explose. Panique totale. Pendant un quart d'heure, j'avance. Je bouscule des gens, je grille des feux. Je m'étale sur une famille de Roms posés sur un matelas. Ils m'insultent dans leur langue. Je me mets à courir. Pas longtemps, parce que je fume et je dois reprendre mon souffle, les yeux rivés sur le bitume. Le sol est vert. Je lève le regard. Un pub. Avant d'entrer, je tâte machinalement les poches de mon manteau : de la gauche se sort un cylindre de plastique contenant une pellicule photo ; de l'autre une liasse de billets de Monopoly violets. J'y regarde d'un peu plus près. Je les remets dans ma poche immédiatement. Des 500 €, j'en avais jamais vu un en vrai. J'entre dans le pub.
Quelques nouvelles sur les developpements récents de mes divers projets :
Space T.R.U.C.K.: l'Étoile de métal a été proposé à quelques maisons d'éditions. Pour l'instant les retours ont été négatifs chez Walrus, le Bélial et Fiction (on va dire avec mention honorable). Je suis encore en attente d'un retour de la part de La Matière noire qui semble avoir bien aimé le pitch. C'est déjà ça. Il ne leur reste plus qu'à lire le texte et me dire ce qu'ils en pensent. Je l'ai aussi envoyé chez Story Lab, mais pas de nouvelles non plus. Donc pour l'heure je mise tout sur la matière noire.
Hashtag menu : mon dieu j'ai honte. Cela fait dix huit mois que je suis dessus... Je me donne, on va dire, six mois pour terminer le premier jet par ce que j'ai vraiment envie de passer à autre chose. Me connaissant si j'attaque une autre histoire, même courte, je ne terminerai jamais ce texte. Et ça serait dommage par ce qu'il commence à prendre une belle forme... Et la scène de fin, si je ne vautre pas trop devrait être extra.
Donc j'avance péniblement, une petite heure le matin quatre fois par semaine. Je progresse dans l'histoire, je reviens sur ce que j'ai écrit, je fignole des passages. Le travail ne manque pas. Les idées non plus. Juste le temps de cerveau disponible et surtout le courage. C'est vraiment un sacerdoce... Enfin, j'en fait un sacerdoce, vu la façon dont je procède. Je n'aurais je pense qu'à enchainer 3 ou 4 grosses séances pour abattre le plus gros du travail. Mais c'est comme la bibliothèque je suis entrain de construire dans le salon. J'en ai fait la moitié en trois jours, et ça fait des semaines que le reste des planches attendent que je veuille bien leur mettre un coup de scie sauteuse... C'est rageant. Y'a toujours un truc, un empêchement, une obligation, une invitation, une maladie.
Bon après le bon point, c'est que même si je suis inactif sur le blog depuis un moment, je n'ai pas lâché le rythme coté écriture. Non, ce qui me manque c'est d'arriver à caser des grosses sessions. Le problème avec des sessions courtes, c'est que le temps de s'y mettre, le temps de se chauffer, d'entrer dans l'histoire et de chopper le rythme, c'est déjà la fin. Du coup en plus d'écrire pas grand chose, ce que j'écris n'est pas non plus super... Mais bon, je le réécrit en mieux à la séance d'après ! De quoi je me plains.
"Il avait eu son lot de
scènes de crime glauques, de familles décimées, d'enfants mutilés, et
de cadavres en piteux état repêchés dans la Seine. Ici tout était précis, pas de sang qui
n’ait été cuit. Les rigoles creusées entre les carreaux blanc poussiéreux
avaient guidé ce qui avait coulé dans des regards. Les découpes
étaient précises. L’esthétisme ambiant et la mise en scène
créaient un rapport au massacre distancié; un rapport de spectateur insupportable. Insupportable aussi les plaintes bestiales de ceux qui n'étaient pas morts... Ceux qui au fond de la pièce étaient enfermés nus dans
des cages individuelles d’acier inoxidé. Ils étaient une petite
dizaine. À se cogner aux barreaux, à montrer les dents. Essayant de
mordre ceux qui tentaient de leur venir en aide. C’est pour cela
certainement qu'ils y étaient encore se
dit Gutenberg. À leur pieds quelque restes, ossements mâchouillés dont la
nature ne faisait pas de doute et des excréments. C’est donc pour eux qu’on avait
cuisiné les corps... Insupportable, enfin, les odeur mêlées de chaire en putréfaction et de merde. Elles prenaient directement aux yeux, les faisant pleurer.
Une main vint se poser
sur l’épaule de Gutenberg."
Comment ça une main ? D'ou ça sort ? Qui pose cette main d'abord ?
Merde me dis-je en repoussant mon clavier. Qu'est ce que je fais là ? Je n'avais pas prévu d'incorporer un personnage ici, moi. Me voilà bien. Et qui c'est, ce personnage qui s'invite ? Homme ? Femme ?
Il n'est déjà plus question de virer cette dernière phrase. Le mal est fait. Un personnage est là tapis dans l'ombre attendant que je le révèle.
Guthemberg a une main sur l'épaule, et moi, deux sur les yeux.
Qui c'est ! raisonne dans ma tête une voix d'enfant.
Pas question de battre en retraite...
J'ai mis deux semaine à trouver qui était ce personnage. Deux semaines, à ne penser qu'à ça. Homme ? Femme ? Flic ? Juge d'instruction ? Boucher ? Stagiaire ? What the fuck...
Tourner l'histoire dans tous les sens. M'interroger, gratter, sonder, ce qui au fond de moi, m'avait poussé à faire atterrir une mais sur une épaule, comme un cheveux sur la surface grumeleuse d'une soupe. Ce personnage devait en valoir la peine. C'était la première question à régler. Est-ce-que c'est un figurant qui passe, ou un personnage plus important ? Si cela avait été un figurant, je serai passé dessus sans m’arrêter. Donc c'est un personnage, un vrai.
Le construire, le créer de toute pièce fut jouissif. Je suis partis dans cette histoire, je l'ai déjà dit sans trop savoir ou j'allais. Pas la fleur au fusil, mais j'étais monté un peu léger. Il me manquait beaucoup de choses et certaines des idées de départ étaient mauvaise. Ce personnage est tombé à pic. Il m'a permis de reprendre l'histoire, de l'étayer, d'explorer des voies que je n'avais pas vraiment osé considérer. Et surtout ça m'a fait un bien fou.
Je n'étais pas dans des disposition géniales pour écrire. Bosser 12h par jour, ne permet pas d'avoir la fraicheur d'esprit pour faire du bon travail. Résoudre l'énigme de mon invité mystère était l'occupation idéale pour ne pas avoir l'impression de perdre mon temps. Visualiser la main, le bras, l'épaule, le visage, l'histoire. Que tout s'imbrique avec le reste.
Et maintenant il est là. Il existe. Il va hanter ce récit. Personnage squatteur, non invité, mais finalement bienvenu.
De retour après presque deux mois de pause... Deux mois passés à la machine
à laver du boulot. Dans ma branche (jeux vidéo), on peut avoir des sessions de
production durant lesquelles on ne voit plus le soleil. C'est ce qui m'est
arrivé ces deux derniers mois.
Deux mois à gérer des tombereaux de merde, à décharger des carrioles de fumier,
à s’aplatir d'un coté, gueuler de l'autre, à prendre sur sois, à essayer
d'anticiper ce qui sera mal compris... Ça use.
L'analogie de la machine à laver est assez vraie dans le sens ou j'en sors
lessivé. J'ai essayé de me remettre à écrire dès que j'ai pu, mais j'avais tout
perdu. Plus la même imagination, plus de vocabulaire, plus d'idées... j'enfile
les mots comme des perles. Je me rabats sur des phrases toutes faites et
passes-partout que j'arrive d’habitude à proscrire... Bref, la machine à créer
est grippée.
Il va falloir travailler cela, déjà avec un peu de repos. Reprendre la
lecture, reprendre les ateliers d'écriture, et écrire, écrire écrire, beaucoup.
Et bien aussi. Ça commence ce soir.
J'ai déjà quelques postes en préparation. Vous devriez me revoir assez
rapidement.